Le débat fait rage. Faut-il plus de places de parking pour redonner vie aux centres-villes ? Pour beaucoup de commerçants, la réponse est évidente : plus de voitures, c’est plus de clients. Mais les chiffres racontent une autre histoire. Et si l’avenir des centres-villes se jouait ailleurs que dans le bitume et les places de stationnement ? Décryptage !

Les automobilistes sont-ils vraiment les meilleurs clients ?

L’argument est bien rodé : sans parking, pas de business. C’est ce que martelait déjà Bernardo Trujillo, le gourou du commerce des années 70, et c’est encore la conviction de nombreux commerçants aujourd’hui. Une récente étude de CCI France et du Conseil du commerce de France confirme que le stationnement est la priorité numéro un pour les commerçants, loin devant l’amélioration des transports en commun.

Et pourtant, les enquêtes menées en Europe et en Amérique du Nord tendent à prouver que cette croyance est plus psychologique qu’économique. Contrairement aux idées reçues, les automobilistes ne sont pas les clients les plus rentables. Une étude de référence en France affirme qu’un automobiliste dépense en moyenne 27 % de moins qu’un piéton, 12 % de moins qu’un cycliste et 3 % de moins qu’un usager des transports en commun. Pourquoi ? Parce que les piétons et les cyclistes consomment plus régulièrement. Ils achètent en moindre quantité à chaque passage, mais reviennent plus souvent. Le résultat est un panier moyen plus élevé à la fin du mois. Autre avantage, ils ne monopolisent pas l’espace public, ne créent pas d’embouteillages et ne polluent pas l’environnement sonore.

Quand la piétonnisation booste l’économie locale

Les villes qui ont parié sur la réduction du trafic automobile en centre-ville affichent des résultats qui devraient faire réfléchir. Strasbourg, Toulouse, Bordeaux, Nice, Lille… autant de métropoles qui ont vu leur activité commerciale exploser après la mise en place de vastes zones piétonnes. De l’avis de Daici International, la raison est simple : les gens aiment flâner dans un cadre agréable, où ils ne sont ni gênés par le bruit des moteurs, ni stressés par la circulation. Moins de voitures, c’est plus d’espace pour les terrasses, plus de visibilité pour les commerces et plus d’animation urbaine.

Mais encore, une voiture garée, c’est un seul client potentiel. Un emplacement de stationnement transformé en parking à vélos peut accueillir jusqu’à 10 cyclistes. Dix fois plus de clients qui passent devant les vitrines. L’équation est vite réglée.

La voiture reste un pilier… dans certaines zones

Alors, faut-il définitivement tourner la page du stationnement en centre-ville ? Pas si vite. Si les grandes villes peuvent miser sur la marche, le vélo et les transports en commun, la réalité est différente dans les villes moyennes et les zones rurales. L’étalement urbain a éloigné les habitations des centres-villes. Résultat, la voiture reste essentielle pour des millions de Français. Une étude du Boston Consulting Group montre que 67 % des Français utilisent leur voiture pour aller au travail, et que 86 % s’en servent pour faire leurs courses alimentaires.

Supprimer des parkings sans alternatives viables, c’est prendre le risque de voir les consommateurs se tourner vers les zones commerciales périphériques, où le stationnement est gratuit et illimité. Un constat que confirme le GART (Groupement des Autorités Responsables de Transport), qui, même en prônant des mobilités alternatives, reconnaît que la voiture reste incontournable dans de nombreuses configurations locales.